Qui a construit le fort de Bouc ?

Le fort de Bouc, communément appelé fort Vauban par les martégaux, n'est en fait pas l'œuvre du grand ingénieur du roi Louis XIV. La dénomination est certes flatteuse mais elle est malheureusement erronée. En effet, la construction du fort de Bouc a été entreprise au début du XVIIe siècle, sous le règne d'Henri IV, grand-père de Louis XIV !

Un peu d’histoire

Le 2 août 1589, Henri de Navarre, noble protestant, successeur légitime après l'assassinat de son beau-frère Henri III, devient Henri IV, roi de France.

Commence alors la longue reconquête du royaume qui s'achève en 1594 par son sacre.

Henri IV, désireux de renforcer le service des fortifications, nomme Sully surintendant des fortifications. Celui-ci promulgue, dès 1604, un nouveau règlement concernant les châteaux et les places fortes et crée un nouveau corps des officiers chargé de mettre en œuvre cette nouvelle politique de fortification.

Pour la Provence, c'est l'ingénieur Robert de Bonnefons qui est choisi par le pouvoir. Chargé notamment des forts d'Antibes, Saint-Tropez, Toulon et Marseille, il prend la direction du chantier du fort de Bouc et s'attache à sécuriser la tour, édifiée au Moyen Âge, en la ceinturant.

Cette importante campagne de travaux qui démarre en 1605 est alors l'œuvre conjointe de la famille de Bonnefons : Robert d'abord, puis son fils Jean, prend la suite et termine les premiers travaux jusqu'à sa mort en 1610 et, enfin Honoré, leur cousin, ingénieur de Louis XIII.

Malgré tout, le fort ne recouvre pas encore son périmètre actuel et il faut attendre les années 1650 pour qu'un autre ingénieur du roi, François Blondel, s'attelle enfin à rendre véritablement efficaces les fortifications.

Et Vauban dans tout ça ?

Sébastien Le Prestre de Vauban dit Vauban est encore loin. Élevé au titre d'ingénieur ordinaire[1] du roi en 1655, il n'interviendra sur le fort qu'à partir des années 1680, ses ingénieurs se limitant essentiellement à des travaux d'aménagement et au confort intérieur du bâtiment.

En aucune manière, l'aspect extérieur des fortifications ne sera modifié ou transformé. Cela tend donc à prouver que la structure du fort satisfaisait, en tout point, l'exigence défensive du commissaire général des fortifications.

La méprise à propos de la construction par Vauban vient d'une erreur d'interprétation, relayée par une phrase du rapport de l'Inspection Générale des fortifications, en septembre 1795 :

« Ce fort construit par Vauban ne peut soutenir qu'un siège de quelques jours ».

À la suite de ce rapport et tout au long du XIXe siècle, voire une bonne partie du XXe siècle, la paternité du fort sera ainsi attribuée à Vauban.

 

    
Il faudra attendre les années 1960 pour que la vérité historique soit enfin rétablie grâce à un article de David Buisseret sur les ingénieurs du roi Henri IV, paru en 1965 dans le Bulletin de la Section Géographie, mettant véritablement en lumière le rôle prééminent des Bonnefons dans l'édification des fortifications provençales.

On peut ainsi lire à propos du fort de Bouc : « On l'appelle dans la région le fort Vauban suivant l'erreur assez répandue qui attribue tous les ouvrages bastionnés construits en France à ce grand ingénieur ».[2]

L'apport de cette publication scientifique n'aura malgré tout, aucun impact sur le grand public et les martégaux continueront à l'appeler fort Vauban.

Le fort aujourd’hui

Le véritable tournant se situe au moment où la ville de Martigues achète le fort en 1993.

Les travaux sont conduits de 1999 à 2006 par l'architecte Philippe Prost, déjà maître d'œuvre dans la restauration de la citadelle Vauban de Belle-Île-en-mer et membre de l'association Vauban.

Les travaux de l'historienne Isabelle Warmoes confirment alors le rôle fondamental des Bonnefons dans la construction de cette véritable forteresse.

Depuis son ouverture en 2007-2010 et sa réouverture en 2016, les multiples visites proposées au public ont permis de transmettre la vérité historique et rendu aux Bonnefons leur véritable place dans l'histoire du fort de Bouc.

Et même si, dans l'imaginaire martégal, le fort reste le fort Vauban, il n'en est pas moins un petit bijou de l'architecture militaire, remarquable édifice de défense ayant su trouver grâce auprès du grand maître de la fortification qui ne l'a ni détruit, ni modifié profondément.

C'est certainement cette position bienveillante qui a largement contribué, ironie de l'histoire, à intégrer le bâtiment dans le très prestigieux réseau Vauban.

  

[1]Ingénieur ordinaire : au service permanent du roi

[2]David Buisseret, « Les Ingénieurs du Roi au temps de Henri IV », Bulletin de la Section de géographie, T.LXXVII, 1964