L'Île perdue : le plan de Meyran

Jusqu'au début du XXe siècle, il existait à Martigues, au-delà des trois quartiers historiques, une île située à mi-distance entre Jonquières et L'Île. Appelé Plan Meyran ou Plan de Meyran, cet îlot fait partie intégrante de la ville de Jonquières au XIVe siècle. Découvrez son histoire ci-dessous.

Présentation

Jusqu'au début du XXe siècle, il existait à Martigues, au-delà des trois quartiers historiques, une île située à mi-distance entre Jonquières et L'Île. Appelé Plan Meyran ou Plan de Meyran, cet îlot fait partie intégrante de la ville de Jonquières au XIVe siècle.

Il est alors occupé par quatre boutiques, sans doute des poissonneries, propriétés de deux frères, Pons et Guilhem Meyran, habitants de L'Île.

  
Au cours du XVIe siècle, dans la partie la plus à l’est de L’Île, la présence de boutiques se renforce avec un groupement de maisons destiné exclusivement aux commerces.

Toutefois au XIXe siècle, le quartier évolue en accueillant treize maisons et deux magasins répartis entre la rue et le quai de la Halle.

La Chapelle des pénitents noirs

Au milieu du XVIIe siècle, une chapelle appartenant à la confrérie des pénitents noirs est construite.

Elle est transformée à partir de 1754, en une halle et un magasin à poissons détenus par la communauté des pêcheurs de Jonquières.

Elle finit en refuge pour vagabonds au cours du XIXe siècle.

Le lieu des premiers tribunaux de pêche

Le bâtiment le plus emblématique du lieu est assurément la prud'homie de pêche - acquis local fondamental de la Révolution française - instituée le 1er janvier 1791.

Dans un premier temps, le tribunal siège dans une bâtisse accolée à la chapelle des pénitents noirs puis un nouveau bâtiment, plus imposant, est édifié au milieu du XIXe siècle sur la partie ouest du plan de Meyran.

Dans la même zone, au XIXe siècle, une croix en bois est remplacée par une croix de mission en fer forgé, aujourd’hui conservée à la galerie de l’histoire. 

Le monument Richaud

Enfin, le dernier édifice à prendre place au cœur de l'îlot est le monument érigé en l'honneur d'Étienne Richaud.

Né à Martigues, fils et petit-fils de pêcheurs, il fut gouverneur d'Indochine et périt en mer le 31 mai 1889.

Aujourd'hui, le monument s'élève au bout du quartier de L'Île mais lors de son inauguration, en juillet 1899, il était installé en face de la prud'homie.

Un quartier menacé

Malheureusement, le plan de Meyran ne survivra pas au projet de canal de navigation entre Arles et Marseille via l'étang de Berre.

  
Porté par la chambre de commerce de Marseille et soutenu par la municipalité de Martigues, ce projet gigantesque va nécessiter plus de 15 ans de travaux.

 Il vise à élargir et approfondir le canal côté Jonquières pour permettre l'accès à l'étang de Berre à de plus gros navires.

Démarré en 1919, ce chantier va transformer radicalement le paysage de la ville.

Le centre-ville payant alors un lourd tribut à cette nouvelle liaison maritime.

Un îlot submergé par les eaux de l'Histoire

L'îlot du plan de Meyran disparaît.

Il entraîne dans son sillage un rabotage de L'Île actuelle, avec la destruction du quartier de Venise et celle de la pittoresque pointe Brescon, si chère aux peintres.

Les deux ponts qui reliaient l'îlot à Jonquières et L'Île sont aussi démolis (pont du Roy en 1922 et pont du Pontet).

   

En 1929, la voie navigable est enfin ouverte et, pour franchir le canal Galliffet désormais large de 40 mètres, un pont tournant est installé.

En 1962, le vieux pont tournant, vétuste et inadapté, est remplacé par l'actuel pont levant, conférant au site sa physionomie actuelle et sans doute définitive.