La gare de Jonquières

Où se trouve la gare ? À Martigues, la réponse laisse entrevoir, à elle seule, un pan entier de l’histoire contemporaine de la ville.

Il y avait une gare à Jonquières

La ligne de la Côte bleue passe par la gare de Lavéra, du côté de l’industrie, à plus de trois kilomètres du centre historique.

Il n’en a pas toujours été ainsi. La première gare de Martigues, terminus d’une ligne permettant de rejoindre Marseille via une correspondance à Pas-des-Lanciers, se situait à Jonquières, à un kilomètre de L’Île, sur l’actuel emplacement de la Maison des jeunes et de la culture (MJC).

  
Le 12 juillet 1865, une loi relative aux chemins de fer d’intérêt local déconcentre, auprès des préfectures, des conseils généraux et des communes, la possibilité d’établir des lignes, soit directement, soit par concession. Le préfet des Bouches-du-Rhône, Charles Levert, dresse, en 1867, un plan ferroviaire départemental. Quatre tracés sont envisagés : de Pas-des-Lanciers à Martigues, de Tarascon à Saint-Rémy, de Arles à Fontvieille et de Miramas à Port-de-Bouc.

La même année, un comité martégal adresse une pétition au maire de Port-de-Bouc afin que le chemin de fer projeté vers Martigues puisse être prolongé jusqu’à sa ville. La demande n’est pas prise en compte. Quatorze années plus tard, Port-de-Bouc sera reliée au réseau principal Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) via Miramas : une liaison mieux construite que les trois autres et la seule à ne pas avoir été subventionnée.

Le chemin de fer Pas-des-Lanciers – Martigues est inauguré le 22 décembre 1872. La ligne fait 19 km. La concession est donnée à la société Henri Michel avec un subventionnement public important. Située à la limite entre Marignane et Saint-Victoret, la station de Pas-des-Lanciers est reliée au PLM par le tunnel ferroviaire de la Nerthe.

Les trains fonctionnent au charbon. Il y a un seul wagon voyageur à étage, un fourgon à bagages et, si nécessaire, des wagons de marchandises.

La vitesse moyenne théorique des trains (arrêts déduits) est de 30 km/h.

Le trajet comporte six arrêts : Martigues, La Mède (halte), Châteauneuf-les-Martigues, Marignane, Gignac (halte), et Pas-des-Lanciers. Avant 1914, il y a cinq allers-retours quotidiens qui se réduisent à trois après la guerre.

Les gares des chemins de fer secondaires du département sont alors construites selon un modèle identique :

  • au rez-de-chaussée,
    • un bureau,
    • une salle d’attente,
    • une cuisine
    • et un dégagement
  • à l’étage, deux chambres indépendantes et une troisième pour enfant.

  

Les têtes de lignes ont un petit atelier de réparation. C’est, possiblement, le cas à Martigues : d’après les photos, un bâtiment adjacent pourrait remplir cette fonction. Jonquières est la seule station à ne pas pouvoir assurer le pompage de l’eau permettant l’alimentation des locomotives qui est, pour ce terminus, assurée par un wagon-citerne. Les gares emploient un chef de station, un facteur et, pour celles en fin de ligne, un homme d’équipe. Les gares intermédiaires sont gérées par les femmes tandis que les hommes sont poseurs de voie.

La société Henri Michel ayant fait faillite en 1878, la ligne est remise au concessionnaire du chemin de fer Miramas - Port-de-Bouc puis à une filiale de la Société de construction des Batignolles. Cependant la ligne paraît rentable : en 1885, les recettes dépassent largement les dépenses et en 1900, plus de 100 000 voyageurs avaient déjà emprunté ce train. Mais il semble que certains concessionnaires aient utilisé la décentralisation comme une possibilité de faire des bénéfices à court-terme en profitant d’un soutien financier public et en négligeant la pérennité des installations. Avec sa nouvelle Régie départementale des chemins de fer des Bouches-du-Rhône, le Conseil général rachète la ligne en 1913.

Le schéma ferroviaire local prend une autre tournure avec la ligne Miramas – L’Estaque ouverte en 1915. Sa finalité – industrie et tourisme – a pour conséquence, à Martigues, de décentrer la gare vers Lavéra. Un projet de tramway de Port-de-Bouc à Marseille par Saint-Antoine, Pas-des-Lanciers, Les Pennes-Mirabeau, Gignac, Marignane et Martigues est abandonné après la Première Guerre mondiale.

La ligne Pas-des-Lanciers – Martigues est fermée au trafic voyageur le 20 octobre 1932. Elle est rouverte, une dernière fois, pour acheminer les mobilisés de la Seconde Guerre mondiale. Dès 1936, elle commence à servir à la Compagnie française de raffinage installée sur l’axe de cette ligne à la Mède.

  
La Régie départementale des transports des Bouches-du-Rhône ou RDT 13 conserve, jusqu’à aujourd’hui, l’exploitation du fret desservant la raffinerie de La Mède sur la ligne qui reste fonctionnelle, tronquée de sa partie finale vers Jonquières détruite en 1974.

En 1955, la section entre La Mède et Martigues est déclassée. La gare est désaffectée l’année suivante.

Deux ans plus tard, le conseil municipal de Martigues adopte les plans de la MJC : construite à l’emplacement de l’ancienne gare, elle ouvre le 11 octobre 1961.

Évitant Marignane afin de rejoindre l’échangeur avec l’A7 aux Pennes-Mirabeau, l’autoroute A55 passe plus au sud que la voie ferroviaire.

En 2000, dans le cadre d’un travail personnel de fin d'étude, des étudiants de l’École nationale supérieure d’architecture de Marseille proposent un plan de déplacement pour la région de l’étang de Berre.

Le schéma prévoit, notamment, la reconstruction de la section manquante puis sa connexion au tracé du PLM par Caronte.

En imaginant une nouvelle gare dans la zone commerciale de Châteauneuf-les-Martigues, ils ne font, néanmoins, pas renaître la gare du centre-ville de Martigues.

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