De l’école de filles à la Direction Culturelle

À L’Île, entre le quai Poterne et le quai Toulmond, l’actuel bâtiment de la Direction Culturelle et de la vie associative, anciennement conservatoire de musique, suscite souvent la curiosité des passants. Voici un retour rapide sur son histoire.

Présentation

En vous baladant dans le quartier de L’Île, tout au bout du quai Poterne, vous passerez devant le bâtiment de la Direction Culturelle et de la vie associative, connu pour avoir accueilli pendant près de quarante ans le conservatoire de musique.

Vous pourrez alors observer au-dessus des portes, sur sa façade sud, les inscriptions

« Filles » et « Asile ».

La lecture de ce dernier mot a de quoi interpeller le passant moderne ! Pourtant, il s’agit simplement d’un ancien établissement scolaire datant de la fin du XIXe siècle.

Autres temps, autres usages

Avant d’accueillir le conservatoire de musique, de 1977 à 2013, ce bâtiment était une école communale pour filles ainsi qu’une salle d’asile.

Bien que ce terme puisse aujourd’hui prêter à confusion, les salles d’asile n’étaient en fait que les ancêtres des écoles maternelles, c’est-à-dire des établissements qui accueillaient des enfants de moins de six ans.

Ces espaces voient le jour à partir de la fin du XVIIIe siècle et sont alors gérés par des volontaires qui reçoivent les enfants de familles modestes durant la journée. Ils deviennent ensuite des lieux d’éducation, rattachés au ministère de l’Instruction publique, puis sont finalement remplacés par les écoles maternelles en 1881.

Le projet de construction d’une école de filles et d’une salle d’asile dans le quartier de L’Île est donc bien ancré dans les idéaux républicains du XIXe siècle où l’on favorise l’accès à l’éducation. Cette volonté politique est encouragée par l’élaboration de nombreuses lois, les plus connues étant les lois Ferry, votées entre 1881 et 1882. Elles rendirent l’école publique gratuite, laïque, et l’instruction obligatoire. En initiant ce projet novateur, la Ville de Martigues s’inscrit alors dans cette dynamique nationale.

Un projet qui ne fut pas de tout repos

Si la réalisation d’une salle d’asile est votée dès 1855, il faut attendre plus de vingt ans et quatre différents projets de construction pour que soit finalement validé celui de Joseph Letz, architecte en chef du département.

Auteur d’œuvres d’envergure dans la région, tels que la Banque de France et la façade de l’église Saint-Ferréol à Marseille, il réalise à cette époque plusieurs écoles du département, ainsi que l’École Normale d’Aix-en-Provence.

Après quelques difficultés pour trouver un lieu d’implantation, on décide de rattacher la salle d’asile à l’école de filles, prévue elle aussi dans le quartier de L’Île. Cette dernière fait alors écho à l’école de garçons que l’on souhaite construire de l’autre côté du canal Saint-Sébastien, là où se trouve aujourd’hui la médiathèque Louis Aragon.

Dans un contexte d’épidémies récurrentes de choléra, des protestations s’élèvent de la part d’habitants, dénonçant, entre autres, la proximité de l’école avec l’hospice, situé sur l’emplacement actuel de la maison de la formation. En outre, à cette époque, cette partie de L’Île est très mal entretenue, avec des terres marécageuses difficilement accessibles et une forte exposition au vent.

Le bâtiment sera malgré tout livré en 1886, soit plus de trente ans après les premières discussions autour du projet et pour le double du budget prévu ! Mais cela en valait vraiment la peine car il en résulte un édifice de caractère dont on apprécie encore aujourd’hui les façades ornementées.

En savoir plus

DUROUSSEAU Thierry, MAZZELLA DI BOSCO Florence, Étude historique et architecturale de l’ancienne école de filles et asile de Martigues, II° édition, Ville de Martigues - Direction culturelle pôle patrimoine, décembre 2012, 47 p.