Commémoration

Découvrez les contours de la seconde Guerre mondiale à Martigues à l'occasion du 75ème anniversaire de la capitulation nazie.

Martigues 1939-1945

A la veille de la seconde guerre mondiale, Martigues est une ville en pleine mutation. A côté de la ville pittoresque se développe la ville industrielle. En 1936, Martigues compte 10 316 habitants.

Le 3 septembre 1939, la guerre est déclarée. Le 10 mai 1940 marque le début de l'offensive allemande et le 22 juin 1940 l'armistice est signé à Rethondes. C'est ce que l'on appellera « la guerre éclair ». La France est coupée en deux, la zone occupée au nord et la zone libre au sud. Dès la fin du mois du juin, Martigues accueille des réfugiés 50 Belges, 450 Français des régions de nord et 32 juifs. Le 10 juillet 1940, le fascisme à la française est instauré avec le régime de Vichy et le maréchal Pétain à sa tête. La République est désintégrée, plus de suffrage universel, plus d'assemblée d'élus. Les partis politiques, les syndicats sont interdits. C'est le culte de la famille, du travail et de son chef. C'est également la haine de l'étranger.

La vie quotidienne

A Martigues le 5 mai, 1941, Vichy nomme une nouvelle municipalité, dirigée par Charles Roques puis Octave Vigné à partir de juin 1942. La vie est rythmée par des interdits et des obligations. Les chantiers de jeunesse enrôlent les jeunes de vingt ans qui partent au Muy ou à Gap. Le quotidien est très difficile avec le rationnement, les réquisitions, les cartes d'alimentations. La population a faim. L'ensemble de la production française part en Allemagne. Le ravitaillement connaît de très grosses difficultés. Et le marché noir fait son apparition.

Le 11 novembre 1942, les allemands occupent la zone libre. 2000 allemands s'installent à Martigues. L'état-major réquisitionne l’hôtel Saint-Anne. La troupe s'installe dans l'école des filles de l'Ile ou bien loge et réquisitionne les habitations des martégaux. La cohabitation est complexe. La vie quotidienne est encore plus pesante car la commune doit subvenir aux besoins de l'envahisseur.

La côte est déclarée zone interdite et les martégaux sont réquisitionnés pour construire le «mur de la Méditerranée». En 1946, on recense, 99 blockhaus, une centaine d'ouvrages pour canons et emplacements de mitrailleuses, reliés par des tunnels ou des tranchées bétonnées et également des mines terrestres et marines.

La résistance

La résistance à Martigues est active et organisée. Elle s'appuie sur des hommes engagés et constitués en réseaux.

Dans un premier temps les informations se diffusent par le bouche à oreille et rapidement les journaux clandestins apparaissent. Ils apportent un autre éclairage à la propagande de Vichy. Dès juillet 1940, les réseaux s'organisent avec des hommes qui prennent les commandes de la résistance locale, Paul Baptistin Lombard pour le PCF, Georges Galdy pour le Front National issu du parti communiste, Maurice Tessé pour les Francs-Tireurs et Partisans Français, Victor Guillen pour le réseau «  Brutus » et enfin Aldéric Chave, Joseph Barthélémy, Robert Daugey, Paul Di Lorto, Henri Tranchier et Lucien Toulmond pour le mouvement « Combat » qui devient un des composants du MUR ( Mouvement Unis de la Résistance).

La plupart de ces hommes paieront de leur vie, leur engagement.

Le 16 février 1943, c'est l'institution du service du travail obligatoire, STO. Les français sont envoyés en Allemagne pour travailler. En 1943, 50 ouvriers spécialisés de Verminck partent dans les usines allemandes d'armement, bientôt 200 martégaux suivront. Les réfractaires rejoignent le maquis et la résistance leur fournit des faux papiers.

Depuis la création du Conseil National de la Résistance ou CNR en mai 1943, la résistance est sous l'autorité du Général de Gaulle. Elle renseigne sur les forces d'occupation et les moyens stratégiques. Elle occupe le terrain et déstabilise l'ennemi. L'action directe est inaugurés par le PCF et les FTP, les sabotages se multiplient et s'intensifient. A Martigues, on dénombre 1 allemand pour 5 habitants et la situation est pesante, STO, couvre-feu, patrouilles et crainte de la gestapo dont le siège est installé à Marseille rue Paradis. Dans ce climat, Maurice Tessé, chef des FTP, est arrêté, torturé puis tué en février 1944 par la gestapo. Le 12 avril 1944, 2000 enfants et personnes âgées de Martigues sont évacués.

Un agent de la gestapo s'est infiltré au sein du MUR. Ses renseignements conduisent à l'arrestation le 8 juin 1944, des 8 patriotes martégaux, rassemblés pour une réunion chez Robert Daugey. Marius Arnaud est abattu sur place, Paul Baptistin Lombard, Joseph Barthélémy, Aldéric Chave, Robert Daugey, Paul Di Lorto, Lucien Toulmond, Henri Tranchier sont emmenés au siège de la gestapo pour être torturés. Ils sont exécutés, dans la clairière du Fenouillet commune de la Roque d'Anthéron, le 13 juin. La résistance locale est décapitée. Seul Georges Galdy, prévenu à temps, échappe à ce guet-apens.

Martigues libérée

Les débarquements se succèdent, le 6 juin 1944 en Normandie et le 15 août 1944 en Provence. Les alliés prennent les allemands en tenaille. En août les bombardements alliés s'intensifient dans le sud de la France.

A Martigues, celui de Carro, le 11 août fera 3 morts. Les allemands minent les points stratégiques, les quais, les ports. Le 20 août à 10h, c'est l'explosion des navires «la Marseillaise» et «le Ville d'Alger» et à 10h30, l'explosion des quais. Marcel Reimbert, résistant du réseau «Marco Polo» se rend à la Kommandantur pour demander la reddition des allemands. Ces derniers refusent. Mais dans la nuit du 20 au 21 août, ils s'enfuient en faisant exploser le viaduc ferroviaire et le port de Jonquières.

Le 21 août Martigues est libérée grâce aux résistants martégaux. Tous les allemands ne sont pas encore partis. Les résistants et les volontaires prennent les armes ou les récupèrent aux allemands.

Le 22 août, 3 chars américains arrivent à Martigues. Ils font partie du dispositif de la Libération de Marseille qui aura lieu le 28 août.

La liberté retrouvée

Le gouvernement provisoire d’Alger, en accord avec toutes les composantes de la Résistance, organise la reprise de tous les pouvoirs.

A Martigues, du 21 au 27 août, les décisions sont prises par le comité de la résistance, présidé par Georges Galdy. Il met en place le comité d'administration provisoire présidé par Max Payssé. Le 24 novembre la délégation spéciale est composée de 19 membres. Les forces armées de la Résistance, les FFI, peuvent s'engager dans l'armée et poursuivre les allemands. Ils peuvent également intégrer les Forces Républicaines de Sécurité et veiller ainsi sur la population.

A Martigues les FFI, s'installent rue Capoulière. Ils assurent le maintien de l'ordre et le contrôle du ravitaillement. Ils s'opposent au commissaire de police et ses gardiens, anciens du « MUR » qui pensent être bien plus légitimes dans ce rôle. Une grande confusion règne à Martigues comme partout en France. Le ministre de l’intérieur demande à toutes les forces armées de rendre les armes. A Martigues le 19 novembre 1944, un meeting de protestation à lieu au cinéma la Cascade. On élabore un statut de garde républicaine, faisant appel aux citoyens volontaires afin de veiller au maintien de l'ordre. Le retour à la vie normale ne se fera pas sans heurts. La pénurie de ressources de base rend la vie quotidienne difficile. Les distributions de conserves américaines améliorent un peu l'ordinaire mais la population est affamée. Les cartes d'alimentation et les tickets de rationnement resteront en vigueur jusqu'en 1949. Les américains s’installent sur le port de Caronte. Il devient un lieu de débarquement pour le matériel allié et la raffinerie de Lavéra ravitaille les troupes. Les américains organisent des bals et font danser la jeunesse martégale comme partout en France. Mais c'est également, le temps de l'épuration et de la vengeance, des femmes tondues et des collaborateurs recherchés et punis. La période est trouble et le climat est propice à la délation. C’est aussi le temps de la solidarité, du souvenir et des hommages.

Tous les martégaux ne sont pas libérés, 200 jeunes STO, 100 prisonniers de guerre et 13 déportés sont encore en Allemagne. Un comité d'accueil est créé avec une caisse d'entre aide afin de préparer leur retour. Qui sera effectif au printemps 1945.

A la fin du mois d'octobre 1944, les corps de 28 patriotes, dont 7 résistants martégaux, Paul Baptistin Lombard, Joseph Barthélémy, Aldéric Chave, Robert Daugey, Paul Di Lorto, Henri Tranchier et Lucien Toulmond sont retrouvés et identifiés dans un nouveau charnier à la Roque d'Anthéron. Seul le corps de Marius Arnaud est introuvable. Le 21 octobre 1944, Martigues et sa population rend hommage à ses martyrs. Une stèle sera plus tard élevée dans la clairière du Fenouillet à la Roque d'Anthéron à la mémoire de ces héros. Un monument aux morts de la guerre et des martyrs de la résistance 1939-1945 sera inauguré le 11 novembre 1954.

L'Allemagne signe la capitulation sans conditions, dans la nuit du 6 au 7 mai 1945. C'est la fin de la guerre en Europe.

Comme partout en France, le 8 mai 1945 à Martigues, c'est la fête de la victoire avec son défilé des différentes armées alliées, le comité municipal provisoire, les groupements et naturellement la population martégale. C'est l'allégresse et la fête avec ses concerts et ses bals.

C’est le moment de la reconstruction des quais, des ponts, du viaduc ferroviaire.

Le Conseil National de la Résistance, CNR, va doter la France d'un programme ambitieux «  les jours heureux ». C'est le retour des valeurs républicaines et du suffrage universel avec un ensemble de réformes politiques, économiques et sociales qui influent encore sur nos vies. Pour n'en citer que quelques-unes, la sécurité sociale, les retraites, les grandes nationalisations, la liberté de la presse, l'égalité absolue de tous citoyens devant la loi, le droit de vote des femmes, la liberté d'association, le respect de la personne humaine, le droit au travail et au repos, la justice, l’accès à l'instruction et à la culture….

Tout cela est le fruit de la réflexion de la résistance unifiée. Nous sommes les héritiers de ce programme et des avancées majeures qu'il a engendré.