1914-1918, Martigues une ville à l’arrière du front.

Pour commémorer l'armistice du 11 novembre 1918.

Martigues à la veille de la Grande Guerre

En août 1914, Martigues est une ville de 7 487 habitants, la septième du département selon le recensement de 1911. Elle est encore une petite ville de pêcheurs et de cultivateurs.

Depuis quelques années, elle connaît un essor économique et démographique qui s’explique par des grands travaux réalisés sur son territoire, avec notamment la construction de la ligne de chemin de fer l’Estaque-Miramas.

La Première Guerre Mondiale va ralentir son développement industriel. Cependant, dès le début du conflit, l’usine Kulman et l’usine St Gobin s’installent à Port de Bouc, fuyant le nord de la France et les combats.

La mobilisation

En juin 1914, c’est l’attentat de Sarajevo, le 28 juillet, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, le 30 juillet, la Russie se mobilise et le 31 juillet, c’est l’ ultimatum allemand adressé à la France et à la Russie.

Jean Jaurès, fervent défenseur de la paix est assassiné le jour même.

La guerre apparaît comme une évidence.

L’opinion publique française désire la revanche de 1870 et la reprise de l’Alsace et la Lorraine.

A Martigues les discussions dans les cafés et sur les places des marchés tournent autour de la victoire.

Le 2 août 1914, Pierre-Toussaint Merlat, Maire de Martigues, reçoit le télégramme de la mobilisation générale (cf. doc. n°1) ainsi que la conduite à suivre afin d’organiser cette mobilisation. Les hommes, les animaux et les voitures sont réquisitionnés.

Tous les employés communaux doivent se rendre à la Mairie et faire appliquer les consignes.

Le 16 août 1914, les affiches de la mobilisation générale sont posées dans toute la ville et les fermes isolées. Les cloches sonnent tous les jours pour rappeler l’état d’urgence.

Le 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France.

Tous les Martégaux, soumis aux obligations militaires et les hommes de la réserve territoriale, âgés de 41 à 47 ans, doivent suivre les ordres de route. Ils sont dirigés vers Marseille pour l’Armée de Terre, Toulon pour la Marine et Nice pour les Chasseurs Alpins. Le Nord-Est est le lieu stratégique vers lequel convergent tous les hommes de l’armée de terre ainsi que le matériel.

Les hommes partent à la guerre « la fleur au fusil »* car la propagande joue un rôle essentiel.

L’effectif martégal (cf. doc. n°2) comprend 130 hommes entre 20 et 23 ans, 450 hommes entre 23 et 33 ans pour l’Armée de Terre et 370 hommes dans la Marine ainsi que 270 réservistes. De plus, 22 automobiles, une moto, 66 chevaux et 25 mulets sont réquisitionnés.

Les attaques françaises échouent. La guerre s’enlise. Même loin des combats, la guerre marque le quotidien. Elle va entraîner une longue période de pénurie alimentaire qui perdurera bien après la fin de la guerre.

L'arrière

La vie à l’arrière s’organise avec des efforts matériels et financiers sans précédent. Dès mars 1914, 20 familles martégales sont endeuillées. La mairie multiplie les gestes de solidarité pour sa population avec notamment une aide aux familles des soldats mais également pour les réfugiés (cf. doc. n°3).

 
En effet, 37 familles du Pas de Calais et du Nord se réfugient à Martigues. Dans l’urgence, ils sont logés, nourris et reçoivent des vêtements, des draps et des couvertures...

La Mairie gère les restrictions, les stocks de matières premières se raréfient. Pour faire face à la pénurie, elle distribue , des carnets (cf. doc. n°4) et des tickets (cf. doc. n°4bis) pour toutes les matières rationnées (le blé, le charbon, le sucre..).

La municipalité de Pierre-Toussaint Merlat (cf. doc. n°5) va administrer la commune de 1901 à 1919.

Le secteur agricole est également assuré par les femmes, les enfants et les hommes âgés. Le travail de la terre est primordial pour la survie de la population.

Les femmes prennent le relais des hommes. Pour la première fois, elles ont une place importante dans la vie active. Elles sont ouvrières, agricultrices, facteurs. Elles sont aussi, commerçantes. A Martigues, Madame Tourrel devient bouchère à la place de son mari. Certaines remplacent les instituteurs, partis au front, comme à l’ école de Saint Pierre. D’autres s’engagent comme infirmières sur le front ou à l’arrière. Elles bravent les dangers et les difficultés physiques et techniques. Les femmes peuvent également être « marraines de guerre » et soutenir les soldats sans famille.

Les enfants, les adolescents et les hommes âgés sont mis à contribution. Ils travaillent et participent à améliorer le quotidien. Ils tiennent une part active dans le système D. Pour survivre, le braconnage, la pêche, le troc et la cueillette sont indispensables. La scolarité est perturbée. Et même les retraités reprennent du service dans certains établissements. Les veuves et les orphelins sont nombreux. La société est totalement ébranlée mais elle s’adapte à la situation d’urgence.

   

Durant le conflit, les usines françaises fonctionnent grâce aux femmes et aux ouvriers spécialisés rappelés du front. Ces hommes sont appelés les « embusqués ».

A Port de Bouc, les établissements St Gobin et Kulman continuent à fabriquer de la poudre et de la soude. Ce sont des industries nécessaires à l’effort de guerre. En 1916, l’usine Kulman peut encore produire grâce à 500 prisonniers qui renforcent l’effectif.

L’ inflation est très importante. Les emprunts de l’état se multiplient. On fait appel au patriotisme français pour l’effort de guerre.

Le charbon (cf. doc. n°6) est la matière première principale.

Il est utilisé pour se chauffer et pour faire fonctionner les machines.

La production est réduite et la priorité est donnée à la continuité des industries nécessaires à la guerre.

La population n’a plus de moyen de chauffage et les hivers, entre 1914 et 1918, sont extrêmement rigoureux.

Le soir, les rues de Martigues restent dans le noir, car les lampadaires de la ville s’allument au charbon. La vie quotidienne est très difficile.

De plus, en 1918, une pandémie s’abat sur le monde, la « grippe espagnole ».

Elle fera environ 100 millions de morts dans le monde dont 171 à Martigues.

La guerre, la pénurie et la crise sanitaire font rage, le monde est à l’agonie.

Le front

Sur le front, la situation est bien pire encore. On ne compte plus les morts, les blessés, les disparus. C’est une véritable hécatombe. On ne peut pas d’écrire les conditions extrêmes dans lesquelles survivent « les poilus* » dans les tranchées.

Dans ce contexte, le courrier est le réconfort des soldats. C’est le seul moyen de communication avec les familles.

 
Entre le front et l’arrière, 4 million de lettres par jour, circulent en France. Cette correspondance est une véritable source documentaire. Elle éclaire cette période. Et c’est un témoignage précieux.

Entre 1914 et 1918, 10 milliards de lettres seront échangées. De fait, la poste va se développer et connaître une grande popularité.

Elle pallie au service du courrier de l’armée qui ne peut pas assumer sa mission.

La correspondance entre les « poilus » et leurs familles permet d’ appréhender leurs quotidiens. Et malgré la censure, l’enfer des tranchées est connu à l’arrière.

Les hommes témoignent de l’horreur dans leurs lettres. Ainsi, Prosper Jourdan (cf. doc n°8) viticulteur de Saint Julien, décrit au fil de ses lignes, ses conditions de vie, son ressenti et sa révolte (cf. doc n°7)

Cette guerre paraît vaine et interminable.

Elle devait être courte et victorieuse et chaque année supplémentaire apporte son lot d’ abominations.

La paix retrouvée

Enfin, le 11 novembre 1918, l’armistice (cf. doc 9) est signé à Rethondes. C’est la fin de la guerre et la victoire mais à quel prix...

C’est la joie et allégresse car la paix est retrouvée. Mais les sacrifices pèsent sur cette victoire qui est associée au chagrin et à la douleur.

Les pertes humaines de la Première Guerre Mondiale s’élèvent à 10 millions de morts ou disparus, dont 1,4 million de français.

Proportionnellement, la France est le pays le plus touché par le conflit, soit 1 soldat sur 5.

Les hommes blessés ou mutilés doivent être pris en charge avec de nombreux problèmes de rééducation et de réinsertion. La solidarité doit s’appliquer aux veuves, aux orphelins et aux zones du nord dévastées. Le bilan est très lourd. La France est ruinée. Cette guerre doit être « la der des der « ». La France est endeuillées et Martigues pleure ses morts.

Entre 1914 et 1918, 1200 martégaux ont été mobilisés. On dénombre prés de 200 morts (source Nicolas Balique).

Partout en France, c’est le temps du recueillement et des commémorations. Des monuments aux morts sont érigés pour honorer la mémoire de ces hommes morts pour la patrie.

40 000 sont recensés sur le territoire français.

A Martigues, un monument aux morts dans le cimetière St Joseph (cf. doc. n°10) et des plaques commémoratives à la Couronne-Carro, à Saint Pierre et à Saint Julien sont inaugurés le 11 juin 1923.

Au delà de la catastrophe humaine et démographique, la Première Guerre Mondiale va entraîner des changements fondamentaux dans la société, notamment la place de la femme et de l’enfant.

Mais également des progrès techniques et chirurgicaux qui vont se répandre tout au long du XXème siècle.

Le monde d’après ne sera plus le même.

 

  • * un « poilu » : un homme qui a du poil, autrement dit un homme courageux.
  • * fleur au fusil : cette expression désigne l’attachement à la nation et le sentiment d’être victime d’une agression mais également de la résignation.

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