Ville de Martigues
Ville de Martigues

L'arrière s'organise

Vers la guerre des tranchées

Rapidement, il faut se rendre à l'évidence : les attaques françaises ont échoué. Pire, les Allemands ont failli enlever Paris, mais la bataille de la Marne les arrête ; la « course à la mer » entraîne de furieux combats dans la « mêlée des Flandres ».

Déjà, plus d’une vingtaine de familles sont endeuillées ou restent sans nouvelles d’un des leurs.

" Pensée pour l'absent" - Antonin Barberis - 3Fi157

C’est le cas de la famille Jourdan. Pierre Eugène, leur fils, est entré à l’école des apprentis mécaniciens de Toulon le 14 mars 1914 ; ces derniers, incorporés chez les fusiliers marins, sont engagés dans les combats de Belgique où les Allemands se sont reportés à partir de la mi-octobre pour prendre les ports du Pas de Calais et de la côte belge où débarquent les renforts anglais. Les fusiliers marins français sous le commandement de l’Amiral Ronarc’h aident l’armée belge à tenir le bassin de l’Yser et la ville de Dixmude.

L’ouverture des digues et l’inondation des polders arrêtent la progression des Allemands dont beaucoup périssent noyés. Le jeune Jourdan qui allait avoir vingt ans connaît le même sort. Il est porté disparu le 10 novembre 1914. Jusqu’à la fin de la guerre, ses parents et ses deux sœurs ont nourri le secret espoir de le revoir.

Solidarité

Chaque camp s'installe maintenant dans les tranchées. Le front à la fin de 1914 est stabilisé de la mer du Nord à la Suisse, en s’appuyant sur l’Aisne. A l’Est, les Russes commencent un recul qui se poursuivra jusqu’en 1917. Mais les Serbes résistent. Impossible de dire combien de temps la guerre durera.

Cahier "Vestiaire des réfugiés"

La solidarité nationale joue par l’accueil des réfugiés des régions dévastées par la guerre. Trente sept familles, venant du Pas de Calais et du Nord, s’installent à Martigues.

Elles reçoivent, vêtements, draps, couvertures et ustensiles de cuisine.

  • Ci-contre un cahier « Vestiaire des réfugiés ». Télécharger le document

La solidarité s’exerce aussi envers les prisonniers de guerre. La Croix Rouge de Marseille leur assure l’envoi de linge et assiste mille deux cents prisonniers dont quinze de Martigues.

Des secours sont alloués aux familles des soldats mobilisés les plus nécessiteuses sans attendre les aides du gouvernement. Les stocks doivent être reconstitués, et surtout, les industries de guerre doivent fournir et renouveler les matériels.

Courrier de demande d'aides (27 mars 1919)

La production agricole peut, quant à elle, être assurée par les civils : les femmes prendront la place des hommes, aidées par les hommes plus âgés et les enfants.

  • Ci-contre un courrier de demande d'aides rédigé le 27 mars 1919. Télécharger le document.

Par contre les navires chargés de blés ou d’autres produits provenant des colonies et de l’étranger, indispensables à compléter la production locale atteignent difficilement les ports dès le début de la guerre sous-marine que déclenchent les Allemands en 1915.

Des militaires mobilisés, ouvriers spécialisés, quittent donc le front pour faire tourner les usines. Tout en restant soldats, ils sont à l'abri et font des envieux. Les combattants dénoncent ceux, pourtant utiles, qu’ils appellent les embusqués. Les réformés vivent aussi mal leur situation et ne supportent pas l’œil réprobateur de la population.

Carnet d'alimentation (vierge)
Carnet de bons médicaux

Dans notre région, plusieurs usines œuvrent pour l'armée : à Port-de-Bouc, la Société Saint Gobain fabrique de l'acide sulfurique mono-hydraté pour le service des poudres, tout comme les établissements Kulhmann, situés à la Gaffette près de Martigues. L'ancienne usine de soude de Rassuen travaille entièrement à la fourniture de munitions, et c'est la poudrerie de Saint-Chamas qui a la responsabilité de l'organisation de toutes ces usines.

Outre les militaires spécialisés, des prisonniers de guerre y sont affectés sous la garde des territoriaux ; en 1916, les établissements Kulhmann précisent qu'ils ont la charge de 500 prisonniers.

Publicité "Jambe Natura" pour personne amputée

La matière première venant à manquer, la population est invitée à récupérer les vieux papiers et les métaux : vieilles fontes, fers, plomb et cuivre.

  • Ci-contre une publicité "Jambe Natura" pour personne amputée. Télécharger le document.

Les chalutiers à vapeur qui font la pêche à l'art traînant embarquent des marins mobilisés et placés en sursis pour assurer l'alimentation des populations. Beaucoup de ces pêcheurs sont de Martigues ; cependant, le poisson est entièrement vendu à Marseille malgré les réclamations de la ville.

La part prise par les femmes dans la vie active, a été d'une importance capitale ; dans presque tous les secteurs, elles ont remplacé les hommes. Dans le domaine agricole, elles font les labours, les semailles et les moissons. A Martigues, elles ont aussi assuré l'entretien des vignes et les vendanges.

Elles reprennent souvent le travail de leur mari, même si la chose ne va pas toujours de soi. Ainsi, Madame Tourrel dont le mari est boucher, satisfait toujours au marché qu'il avait conclu avec l'hôpital pour la fourniture de viande. Mademoiselle Bonnafé, institutrice à Saint Pierre, prend la classe de son collègue masculin mobilisé. Quand un conseiller propose de lui donner une gratification supplémentaire, le conseil se récrie : – "Dans ce cas, toutes les femmes devraient être récompensées !"

Les enfants eux aussi sont mis à contribution, par exemple en détruisant les animaux nuisibles, et les adolescents, dans ces années difficiles, mûrissent très vite. Par contre, leur scolarité est bouleversée à cause de la surcharge des classes et des absences car ils aident aux travaux ou restent avec leur père permissionnaire.

Les retraités reprennent du service ; ainsi, dès le 21 septembre 1914, le maire constitue une garde civique de treize hommes âgés pour assurer le bon ordre et la sécurité publique. D'anciens capitaines sont recrutés par la compagnie qui assure le service du côtier de Marseille à La Couronne, l'été.

Carnet de pain
Carte de sucre (1917)
Carnet de sucre (1918)

   

Les anciens pourvoient souvent à l'approvisionnement de la famille. Dans ce domaine, le système D prédomine : grappillage, braconnage, pêche, cueillette, apportent le complément indispensable à la survie.

En 1917, Théodore Florent Sarde, âgé de 71 ans, retraité à La Couronne, consigne dans son agenda toutes ses activités de la journée et les événements qui le marquent. Son temps, rythmé par les saisons, est entièrement occupé à l'entretien du jardin, à la pêche en mer qui fournit jour après jour les « sempiternelles bouillabaisses », ou à la chasse, surtout celle des petits oiseaux ; "rouges-gorges délicieux, culs blancs, culs roussets" … attirés par des appelants en cage, bien qu'il soit interdit de chasser ces oiseaux insectivores utiles à l'agriculture. Les pièges capturent des perdreaux, et les lièvres sont tirés au fusil … mais les cartouches sont rares. Il note aussi que la seinche aux thons continue à se pratiquer à Carro.

Mais les denrées enchérissent, à cause du manque de bras, du manque d’engrais et du blocus. Les salaires, les pensions, et les rentes surtout, ne suivent pas l'inflation qui profite par contre aux "mercantis" qui stockent les marchandises et aux industriels de guerre.

Plusieurs emprunts sont lancés auprès des Français, faisant appel à leur patriotisme, afin d'accélérer l'heure de la victoire.

  • Ci-contre un carnet de demande de charbon pour deux parts. Télécharger le document.

Le charbon, le premier, subit de fortes hausses. Produit dans les zones de guerre, il manque rapidement. Or, c'est la matière première qu'utilise l'usine à gaz de la ville pour assurer l'éclairage public, mais aussi celui des particuliers.

Souvent, sa fourniture est irrégulière et un long conflit oppose le directeur de l'usine à la municipalité.

C'est surtout à partir de 1917 que la hausse des produits alimentaires les plus courants s'accentue, obligeant les autorités à surveiller les prix et les accapareurs, à rationner et à réquisitionner les blés et farines : des tickets de rationnement sont distribués pour le pain, le sucre, la viande. Les pâtisseries et les confiseries ferment obligatoirement deux jours par semaine. Le tabac se vend en quantité limitée, les jeunes de moins de 18 ans et les femmes de tout âge n'ont pas le droit d'en acheter ! Cette situation dura encore après la guerre.

Enfin les difficultés deviennent insurmontables pour maintenir le fonctionnement de l’orphelinat école de pêche installé sur l’Hirondelle. Tous ceux qui le souhaitent peuvent continuer à Marseille à l’école Courbet en 1917.

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